lundi 31 octobre 2022

Croisée

Le passage du voyage à l'écriture est naturel dès lors que le voyage enchante moins. La réduction du champ d'observation continue de s'accomplir jusqu'à ne devenir qu'une très petite fenêtre, où s'opère également l'inévitable étiolement, et là il n'y a plus qu'à s'en remettre à la pauvreté du signe - son unique puissance - pour retrouver un chemin qui tend vers l'atemporel, que l'écriture ne soit plus un album de voyage commenté mais soit elle même LE voyage.



Un renversement nécessaire.


Dernier jour, au Reval Café, je ne retrouve plus mon stylo, je fouille mes poches et mon sac, plusieurs fois même. J'étais assis sur le stylo.


A mon arrivée, j'avais pris cette photo de l'avion, d'où l'on voit l'île de Saarema




Le bateau est toujours à quai





(les œuvres photographiées au musée Kumu sont de deux femmes peintres estoniennes, Olga TERRI, 1916-2011, et Epp-Maria KOKAMÄGI,  née en 1959)

Kalamaja

De grands travaux de rénovation sont en cours, et le piéton a de la peine à se frayer un passage dans des jeux de piste boueux qu'on lui a laissés, je retrouve le quartier de Kalamaja qui m'est très cher, en particulier pour les promenades que j'y faisais en hiver dans des rues complètement figées par le froid.




Le théâtre de la rue Vana Kalamaja, que j'ai eu quelque peine à retrouver










Baltique

 Quelques photos prises lors d'une promenade au musée de plein air, sans doute la journée la plus agréable de ce voyage.





Désenchantement ?

 Je suis obligé de constater ce progrès de l'uniformisation, Tallinn ressemble désormais à n'importe quelle capitale européenne, avec parfois aussi une dimension kitsch - que Kundera avait pressenti et théorisé pour tous les pays de l'ancien bloc soviétique. 

Demeurent cependant les lieux du tournage de Stalker de Tarkovski.




 C'est au café Reval de la rue Muuravahe que je retrouve quelques sensations connues. La langue a gardé sa touffeur, les années s'y enfouissent, comme si elles n'avaient été qu'une conversation en sourdine, cryptée. Des entrelacs de projets, d'actions, le durcissement de l'économie, n'atteignent pas ce plan souterrain ou la langue ruisselle en égalisant le temps, protégeant la survie d'un peuple en deçà des vociférations et des cris de guerre. Chevaliers teutoniques et soldats soviétiques, hordes suédoises, ne traversèrent pas la résistance chantonnante de la langue du peuple estonien.

Quelques images du couvent des brigittines de Pirita :





Douze ans après

 Ce retour comportait le risque - qui est sans doute aussi une chance - de la démystification. Pourtant, à l'arrivée, le temps sec et magnifique, je veux y voir aussi une nuance d'inquiétude, liée au contexte de la guerre en Ukraine, mais c'est peut-être une nouvelle illusion. Tallinn a changé, et l'envahissement commercial, s'il ne défigure pas complètement la ville, masque l'histoire, et accélère le processus de muséification qui guette l'ensemble de l'Europe de l'Est. 

Ma première surprise,  ces affiches posées sur le barrières de protection devant l'ambassade de Russie. L'esprit de résistance n'a pas disparu.




samedi 31 décembre 2011

Eesti


Bien que de retour depuis déjà six mois, et presque inconsolable, je signale dans ce blog la parution du beau livre de Richard Millet, Eesti, Notes sur l'Estonie (Gallimard, collection "Le sentiment géographique"). Je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, y retrouvant les lieux et les ambiances qui m'avaient marqué. 
Il me faudra j'espère de nouveau entendre et suivre le conseil de l'écrivain "Comme naguère dans l'Orient désert. Va vers le nord. Va !"